Rosemary PHILLIPS, interprète de jazz barbadienne _ la barbade _ www.labarbade.com

Bonjour Rosemary, parlez-nous un peu de vous. Que faites-vous dans la vie ?

Je suis chanteuse de jazz et interprète les standards de jazz, des chansons françaises et les chansons caribéennes. J’aime aussi composer des chansons. Je suis également chercheuse en Littérature et théorie postcoloniale. Pour ma maitrise à l’University of the West Indies, j’ai analysé les paroles de Joséphine BAKER dans leur contexte socio-historique.

Je porte aussi la casquette de directrice événementielle. J’adore créer et organiser des événements à la Barbade ou bien en France. Notamment, dans un lieu extraordinaire du Périgord noir qui est le Parc de Joséphine BAKER, au bord de la Dordogne à côté de Sarlat. Ce lieu musical de 5 hectares a été créé en 1949 par Joséphine BAKER et Jo BOUILLON (son mari chef d’orchestre), à côté du château où Joséphine BAKER a vécu pendant 30 ans. Mon compagnon et moi-même restaurons ce lieu chargé d’histoire depuis 2016. Nous y organisons des spectacles et travaillons sur le projet d’une fondation destinée aux enfants, à la musique et à la paix car telle était la vocation première de ce lieu.

Mais, en fait, d’où venez-vous ? Où êtes-vous née ? De quelle nationalité êtes-vous ?

Je viens de cette très belle île de la Barbade ! C’est là où je suis née avec une double nationalité Barbadienne et Britannique, comme mes parents. Ma mère est née en Écosse tandis que mon père est né à la Barbade. Ils se sont rencontrés pendant leurs études en Angleterre.

Où avez-vous grandi ?

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J’ai eu cette chance extraordinaire de grandir à la Barbade tout en voyageant à l’étranger à différents moments de ma vie.

Lorsque j’avais 8 ans et mon frère 6 ans, notre mère suivait une formation en France. Ainsi, nous sommes allés avec elle. C’était à Vichy dans le Massif Central où nous avons résidé pendant 18 mois. Ensuite, nous sommes rentrés à la Barbade où j’ai fini l’école primaire et secondaire.

Plus tard, à l’âge de 17 ans j’ai passé un an en Belgique comme jeune fille au pair.

Ce sont vos séjours en pays francophones qui ont fait naître cet amour de la langue française ?

Ma mère avait fait des études pour être interprète-traductrice français-allemand et allemand-anglais. Elle était aussi secrétaire-trésorière de l’Alliance Française et à l’époque aidait à coordonner des échanges culturels avec la Martinique. Elle nous y a emmenés avec elle, mon frère et moi, une dizaine de fois.

Elle était très consciente du fait que les enfants, s’ils sont éduqués aux langues dès leur plus jeune âge, peuvent mieux assimiler les langues étrangères. Donc, depuis toute petite, elle nous parlait, nous lisait et nous chantait des chansons en français ou en d’autres langues.

Puis, elle a eu cette opportunité de passer 18 mois en France. Mais la France n’est pas la Martinique et j’ai dû m’adapter au froid !

Et où vivez-vous actuellement ?

Actuellement, je partage ma vie entre la France et la Barbade. Je vis plus souvent en France depuis 2005. Plus précisément en Cotentin en Normandie. Mais, je vais à la Barbade aussi souvent que possible pour faire des spectacles et des concerts.

Parlez-nous de vos débuts musicaux. 

Rosemary PHILLIPS, interprète de jazz barbadienne _ la barbade _ www.labarbade.com

A l’âge de 14 ans j’ai été sélectionnée pour passer deux mois au « Camp Rising Sun », un camp international aux États-Unis accueillant des jeunes venant du monde entier. Grâce à cette expérience, j’ai à la fois gagné en confiance et reconnu le chant comme ma raison d’être.

Plus tard, à Bruxelles, j’ai continué mes études et efforts musicaux. D’abord dans un groupe de gospel professionnel, puis un groupe de musique celtique. C’est là que je me suis lancée dans des enregistrements en studio pour gagner un peu ma vie.

Lors d’une compétition de Miss Black Belgique, j’ai chanté « Mon Mec à Moi » a capella avec une assistance de plus de mille personnes qui chantaient avec moi quand quelqu’un m’a repérée pour me présenter à un auteur compositeur et pianiste français très connu : c’était Saint-Preux.

Ma mère et moi avons traduit des poésies pour Saint-Preux. Ainsi, mon premier véritable enregistrement a été pour réciter sa poésie accompagnée de l’orchestre Symphonique de Londres sur une musique de Saint-Preux et produite par Sony Music.

Et vos débuts en France ? Comment se sont-ils passés ?

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J’étais très connue comme chanteuse de jazz dans mon île mais il a fallu beaucoup de temps et de travail pour recréer un réseau professionnel de qualité pour ma carrière musicale en France.

J’ai commencé par des auto productions, puis de beaux spectacles au Casino de Biarritz, au TNB, le Théâtre National de Bretagne avec l’orchestre Symphonique de Bretagne pour la commémoration du jour J avec le fils de Dave BRUBECK.

Avant de revenir en France, lors d’une tournée de promotion pour mon premier album, on m’avait présentée à Charles DUMONT qui m’a donné des chansons inédites pour un album que j’ai enregistré avec le célèbre pianiste jazz belge Charles LOOS.

Ensuite, j’ai eu l’honneur de chanter « Non je ne regrette rien » avec Charles DUMONT lors d’un de mes concerts au Petit Journal Montparnasse. Il l’avait composé pour Edith PIAF.

Je suis restée en contact avec Charles LOOS et nous avons fait quelques concerts en Belgique au Music Village, puis en France au Parc de Joséphine BAKER

Côté carrière, pourquoi la France plutôt que les États-Unis, où le jazz a vu le jour ? Ne serait-il pas plus facile de vous faire une place dans le show business en étant là-bas, comme l’a fait Rihanna ?

C’est vrai, que j’ai plus d’affinité avec la France que les États-Unis. Mais, c’est aux États Unis que j’ai pu découvrir ma passion pour la chanson à vrai dire et c’est là où j’ai commencé vraiment à chanter devant un public.

Grâce à ma mère qui chantait en Français, j’ai moi aussi facilement chanté dans cette langue très tôt. J’ai commencé par être invitée à chanter dans le seul restaurant français qui existait à la Barbade à l’époque. Il s’appelait « Île de France », et j’y ai chanté pour la fête de la Bastille !!

Je me suis baignée de chansons d’Edith PIAF, Charles TRENET, Léo FERRET et Michel LEGRAND. J’adorais ces chansons et petit à petit j’ajoutais des chansons jazz. Je me suis différenciée à la Barbade en chantant surtout en français.

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En concert à la Barbade

Mon premier album était intitulé « Jazz à la Rosemary ». Sur cet album j’ai mélangé des chansons de mon île, des chansons françaises et le jazz. En fait  j’adorais « jazzifier » les chansons françaises et les chansons barbadiennes.

Et il faut dire que la France adore le jazz depuis l’arrivée des Big Bands qui défilaient dans Paris dans les années 20 avec leurs instruments. Il y avait les soldats qui créaient les orchestres Afro-Américains.

Quelle réception le public français vous a-t-il réservée ?

J’ai toujours été très bien reçue en France. Il y a 15 ans, c’était relativement rare de rencontrer des antillais anglophones en France. Et puis, la Barbade n’est pas grande et elle n’était pas très connue de jeunes Français avant l’arrivée de Rihanna. J’étais donc presque une « curiosité », une rareté. Toutefois, il est évident que les Français étaient en général assez ouverts à la diversité et c’était bien sûr agréable pour moi de pouvoir communiquer en français. Dans le milieu musical français, j’ai été bien accueillie par de nombreux chanteurs et musiciens comme Charles DUMONT, Mario CANONGE, Saint-Preux, Viktor LAZLO, Eric MOUQUET (Deep Forest). L’accueil réservé ensuite par les enfants et petits-enfants de Joséphine BAKER a été très émouvant.

Jusqu’ici, quel a été le point culminant de votre carrière ?

Je pense que ma vie est une longue série de moments charnières et quelles que soient les scènes, chaque échange avec le public est toujours un miracle. Cependant, le merveilleux d’un concert pour moi est d’utiliser mon talent afin d’aider des malades, ou des enfants ou des causes humanitaires et sociales.

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En répétition pour son spectacle

Alors, quel est le prochain grand projet pour Rosemary PHILLIPS ?

Je prépare un nouvel album, un grand spectacle chanté et dansé sur Joséphine BAKER, basé sur mes textes de musique. J’y travaille avec un producteur Londonien.

Cette préparation va être longue et difficile mais c’est un projet fabuleux. J’ai hâte de réaliser la première production française sur la scène que Joséphine BAKER avait fait construire dans son Parc aux Milandes.

D’où vient cette fascination pour Joséphine BAKER ?

Un jour, j’ai reçu en même temps un livre par mon ami Yves SORÉE sur Joséphine BAKER et un double album de Joséphine BAKER que mon père m’avait ramené d’un voyage à Paris. Je me souviens avoir été très intriguée et fascinée par cette grand dame née aux États-Unis, devenue  la première icône noire, et  qui a tant fait pour la France pendant la guerre, au point de recevoir la Légion d’honneur, la Croix de Lorraine, la Croix de Guerre et la Médaille de la Résistance.

Je souhaitais poursuivre mes recherches sur Joséphine BAKER pour ma maîtrise et pour pouvoir le réaliser j’ai décidé de visiter son Château, un musée qui lui est dédié. Quand les propriétaires du château ont découvert que j’étais non seulement chercheuse, mais aussi chanteuse, ils m’ont invitée à revenir chanter pour le centenaire de la naissance de Joséphine BAKER.

J’ai alors séjourné au Parc de Joséphine BAKER où j’ai également participé aux événements du centenaire. J’ai chanté avec le pianiste Danny REVEL, le pianiste-compositeur de Joséphine BAKER. J’ai fait l’inauguration de la statue de Joséphine BAKER aux Milandes où j’ai rencontré quelques enfants de Joséphine BAKER et notamment Akio son fils ainé qui est devenu un ami.

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Sur scène à la Barbade accompagnée d’un orchestre

À cette période, je vivais entre la Bretagne et la Barbade. Je suis revenu au Parc de Joséphine BAKER donner des spectacles en hommage à Joséphine BAKER. Notamment un spectacle avec 4 changements de costumes pour un hommage à Billie HOLIDAY, Ella FITZGERALD, Edith PIAF, et Joséphine BAKER, que j’ai incarnée avec un sublime accordéoniste : Jean Michel DELPECH.

Elle fut aussi une grande et moderne promotrice de la paix entre les différents cultures et religions en adoptant 12 orphelins de différents pays pour prouver qu’on pouvait vivre ensemble malgré nos différences. Le fait de maintenir les coutumes et religions de ses différents enfants dans les années 50 était tellement avant-gardiste.

Et puis, elle était l’une de rares femmes à participer très activement à la lutte pour les droits civiques dans les années 50 pour finalement parler à côté de Martin Luther KING sur le « Washington March » en 1963 lors de son célèbre discours.

Son histoire m’avait tellement passionnée que j’ai lu tout ce que je trouvais sur elle au point d’avoir rapidement assez de matière pour réaliser ma thèse sur elle. En effet, ma maîtrise en Littérature et théorie postcoloniale avait comme sujet: « Analyse des chansons chantées par Joséphine BAKER dans leur contexte socio-historique »..

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En concert avec d’autres musiciens barbadiens

Pensez-vous que les Français apprécient le jazz ou bien un certain style de jazz peut-être plus que les Américains ?

Je pense que les français écoutent et aiment tous les styles de jazz et dans les festivals ils sont très inspirés par les fusions de styles venant du monde entier.

Pour vous, le groupe de jazz mythique serait composé de …?

J’adore l’idée de retravailler les chansons des Caraïbes en jazz. C’est pourquoi j’adore Montee ALEXANDER qui propose le reggae en jazz. Pour moi, l’idéal serait de combiner le steel pan avec piano, guitare, flûte, saxo, percussions, violons, trompette, trombone, basse acoustique, et le thérémine, cet instrument très intrigant et rarement utilisé qui nécessite une intense participation corporelle pour transformer les émotions et mouvements en musique.

Quel serait pour vous la scène de rêve sur laquelle vous produire ?

Carnegie Hall serait un rêve et je rêverais de faire des spectacles à l’Olympia, ou aux Folies Bergères ou au Casino de Paris sur les pas de Joséphine BAKER !

J’imagine que vous auriez aimé partager la scène avec Joséphine BAKER… et de nos jours avec qui cela serait-il ?

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En duo avec Cliff RICHARDS, chanteur de pop britannique renommé

J’ai eu la chance de chanter en duo avec Charles DUMONT, Cliff RICHARD, Alastair KAY (trompettiste d’Ella FITZGERALD et Sarah VAUGHAN) sur scène avec Olivier HUTMAN (pianiste jazz français exceptionnel qui a été selectionné pour le Camp International aux États-Unis), Steve WILLIAMS (batteur de Miles DAVIS et Shirley HORNE) Robert PILONE, Chris BRUBECK (fils de Dave BRUBECK). J’aimerais beaucoup être sur scène avec Tom JONES, Yannick NOAH, pourquoi pas avec Rihanna, et aussi Eric MOUQUET (Deep Forest) avec qui j’ai commencé à collaborer.

Revenons au pays, qu’est-ce qui vous manque le plus de la Barbade quand vous êtes en France ?

C’est ma famille et mes amis car ils sont toujours là-bas, et…la température de l’ile, de l’eau, la mer dont j’ai besoin pour nager, tous les jours si possible. J’adore le fait que les gens prennent le temps de se parler, de se poser, et de vivre. Il y a une toute autre idée du temps qui passe. La nourriture de la Barbade me manque aussi ; les fruits selon les saisons, quenettes, « dunks », mangues, l’eau de coco fraîche, la limonade barbadienne, les accras à Oistins, tous les poissons frais grillés, la canne à sucre fraîche, le sucre barbadien, les infusions de citronnelle caribéenne et de feuilles de laurier.

Votre plat Bajan préféré ?

J’adore le plat national barbadien, « Coucou & flying fish ». Mon père a perfectionné la recette ! Sa façon de faire le coucou est tout simplement géniale !

Votre restaurant Bajan préféré ?

Il y a tellement de restaurants que j’aime, mais j’ai un faible : il y a ce « je ne sais quoi » avec le restaurant La Cabane. C’est le juste milieu entre les côtés « chic » et « décontracté » grâce à une belle symbiose de l’ambiance et de la musique si  bien choisie qu’elle se faufile entre la mer et les arbres avec…les pieds dans le sable…j’adore leur  poisson grillé, leur salade de mangues, les cocktails exotiques et les bon vins français !

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Votre plage préférée ?

J’adore beaucoup de plages de mon île, mais j’aime surtout aller nager à Accra Beach, aussi appelée Rockley Beach, sur la côte sud.

La Barbade en 3 mots

C’est Mon Paradis !

4 Replies to “Rencontre avec Rosemary PHILLIPS, rossignol barbadien qui tente de s’imposer en France”

  1. Merveilleux article sur une chanteuse de grand talent et d’un très grand cœur.

  2. Rosemary est une belle artiste qui a un talent fou et un coeur immense. Je suis content pour elle que ce splendide article a été réalisé car elle mérite vraiment une vraie reconnaissance.
    Bravo Rosemary, bien à toi et bonnes chances.

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