Morgan Lewis__moulin historique - la Barbade - www.labarbade.com

En parcourant les routes de la Barbade, vous remarquerez vite les ruines de nombreux moulins à vent qui se dressent encore dans la campagne. Leur présence est si marquée que certains aiment plaisanter en disant qu’il y a plus de moulins à vent que de plages sur l’île.

Pourtant, ces vestiges sont bien plus que de simples éléments pittoresques du paysage. Ils racontent une page essentielle de l’histoire de la Barbade, lorsque la culture de la canne à sucre dominait l’économie de l’île. Actionnés par la force du vent, ces moulins servaient à broyer la canne afin d’en extraire le jus destiné à la fabrication du sucre. Ils étaient au cœur d’une industrie florissante qui enrichit la Barbade et l’Empire britannique, mais dont la prospérité reposait sur une main d’œuvres d’esclaves africains.

L’essor de l’industrie sucrière à la Barbade fut véritablement spectaculaire. En 1721, une carte établie par le cartographe et géomètre William MAYO recensait 870 plantations de canne à sucre et 320 moulins à vent répartis sur l’île. Plus d’un siècle plus tard, dans son ouvrage The History of Barbados (1848), Robert H. SCHOMBURGK dressait un constat tout aussi révélateur : la Barbade comptait alors 491 plantations sucrières, 506 moulins à vent et même un premier moulin à vapeur. Ces chiffres témoignent de l’ampleur et de la longévité de l’industrie sucrière, qui a profondément façonné le paysage, l’économie et l’histoire de l’île.

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À cette époque, on racontait que seule la Hollande comptait davantage de moulins à vent au kilomètre carré que la Barbade. Cela voulait dire plus de trois moulins à vent par kilomètre carré, tout de même !

Avec l’abolition de l’esclavage, puis l’arrivée de la Révolution industrielle et des machines à vapeur dans l’industrie sucrière, les moulins à vent commencèrent progressivement à disparaître du paysage barbadien. Peu à peu remplacés par de nouvelles technologies, la plupart furent laissés à l’abandon, ne survivant plus aujourd’hui que sous forme de vestiges qui rappellent une époque révolue.

Pourtant, au nord de l’île, dans la paroisse de Saint Andrew, se dresse un témoin exceptionnel de cette époque : le moulin Morgan Lewis. Il est le plus grand moulin à vent des Caraïbes et l’un des deux seuls moulins à vent à sucre de ce type encore en état de fonctionnement au monde. L’autre se trouve sur l’île voisine d’Antigua.

Construit en 1727, le moulin de Morgan Lewis témoigne d’un véritable savoir-faire d’ingénierie pour son époque. Ses murs furent édifiés en moellons assemblés avec un mortier étonnant à base de poudre de corail et de blanc d’œuf, à une époque où le ciment moderne n’existait pas encore. Le moulin tire son nom de son premier propriétaire, Morgan Lewis.

La plantation sur laquelle le moulin fut construit n’existe plus, mais les archives révèlent qu’elle connut une expansion considérable. D’une superficie initiale d’environ 36 hectares, elle s’étendit progressivement jusqu’à près de 162 hectares, au gré d’alliances familiales et de mariages stratégiques, une pratique fréquente parmi les grandes familles de planteurs de l’époque. La propriété resta ensuite aux mains de la famille GIBBONS pendant près d’un siècle, avant de passer à la famille BANNISTER.

Le moulin de Morgan Lewis poursuivit son activité jusqu’en 1947. Toutefois, au fil des années, il se détériora progressivement, au point que son exploitation ne pouvait plus être maintenue en toute sécurité. Conscient de sa valeur patrimoniale exceptionnelle, Lawrence BANNISTER, alors propriétaire des lieux, décida de le préserver pour les générations futures en faisant don du moulin, en 1962, au Barbados National Trust, l’organisme chargé de protéger et de mettre en valeur le patrimoine historique, architectural et naturel de la Barbade.

Le moulin Morgan Lewis demeure l’un des monuments historiques les plus emblématiques de la Barbade. Sa valeur patrimoniale exceptionnelle a même été reconnue à l’échelle internationale. Ainsi, en 1996, il a été inscrit sur la liste du World Monuments Watch, figurant au cinquième rang des sites patrimoniaux les plus menacés au monde. Trois ans plus tard, en 1999, d’importants travaux de restauration menés par le Barbados National Trust lui ont permis de retrouver son fonctionnement d’origine.

L’histoire du moulin ne s’est toutefois pas arrêtée avec sa restauration. Contredisant le célèbre dicton selon lequel « la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit », Morgan Lewis a été frappé par la foudre… à deux reprises : une première fois en 2008, puis de nouveau en 2018. Heureusement, les dégâts ont pu être réparés. Afin de protéger ce précieux témoin du passé, des paratonnerres ont ensuite été installés pour prévenir tout nouvel incident.

Aujourd’hui, le moulin de Morgan Lewis est une véritable rareté. Il est le seul moulin à vent à sucre historique encore en activité au monde. Chaque année, pendant la saison de la récolte de la canne à sucre, généralement de février à juillet, le moulin reprend vie lors de démonstrations organisées un dimanche par mois. Voir ses ailes s’animer sous l’effet du vent et son mécanisme d’origine se remettre en mouvement est une évènement qui attire aussi bien les Barbadiens que les visiteurs. C’est l’occasion de découvrir une technologie vieille de près de trois siècles et de déguster un verre de jus de canne fraîchement pressé. 

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La découverte se poursuit à l’intérieur du moulin, où une petite exposition retrace l’histoire de la plantation et de l’industrie sucrière à la Barbade. Photographies anciennes, outils anciens et objets du quotidien plongent les visiteurs dans le passé et leur permettent de mieux comprendre le rôle essentiel qu’ont joué les moulins à vent dans le développement économique et l’histoire de l’île.

Enfin, les visiteurs peuvent accéder aux niveaux supérieurs du moulin et découvrir son mécanisme d’origine de tout près. De là, ils profitent d’une vue panoramique sur la campagne verdoyante de la paroisse de Saint Andrew, une façon idéale de conclure la découverte de l’un des monuments historiques les plus emblématiques de l’île.