La Barbade se libère de la Couronne britannique

Le Prince de Galles et la nouvelle Présidente de la république de la Barbade, Mme Sandra MASON

Le 30 novembre 2021, les célébrations marquant le 55ème anniversaire de son indépendance de la Grande Bretagne étaient encore plus spéciales, car à minuit la Barbade est devenue une république.

Après 396 ans de règne britannique, la Barbade s’est enfin libérée complètement ! En se déclarant une république parlementaire avec un président non exécutif, l’île a remplacé la Reine Elizabeth II en tant que chef d’Etat avec une Présidente, Madame Sandra MASON. D’ailleurs, celle-ci tenait le rôle de Gouvernante-générale, la représentante de la Reine, jusqu’à hier.

L’arrivée des colons, de la canne à sucre et des esclaves

Le Royaume Uni s’est immiscé dans l’histoire de la Barbade avec l’arrivée des premiers colons britanniques en 1625, qui l’a prise au nom du roi James 1er. Ensuite, la Grande Bretagne a joué un rôle transformateur, laissant une marque indélébile sur sa structure sociale, politique et économique ainsi que sur son paysage physique.

L’introduction sur l’île de la culture de la canne à sucre et de l’esclavage dans les années 1630 ont rendu les planteurs et le royaume britannique prodigieusement riches. En effet, cette formule combinée avait réussi à tel point, qu’en 1660, la Barbade était la colonie la plus rentable de l’empire britannique, générant plus de commerce que l’ensemble de toutes les autres colonies britanniques.

Évidemment, il a fallu protéger une telle valeur à tout prix ; un défi que la Grande Bretagne a réussi. Elle a pu tout vaincre : attaques lancées par les autres pouvoirs coloniaux, une insurrection menée par le gouverneur de l’île, Lord WILLOUGHBY en 1649, et les rébellions d’esclaves, dont la plus connue était dirigée par Bussa, l’un des héros nationaux.

L’emprise britannique indélébile

En conséquence, la Barbade est la seule colonie à n’avoir jamais changé de main depuis sa colonisation… ni avant et ni après la Déclaration de l’émancipation des esclaves en 1834.

En effet, telle était l‘emprise britannique sur l’île qu’elle avait été surnommée « Little England », la petite Angleterre. Par ailleurs, jusqu’à ce jour, la Barbade est largement reconnue comme étant la plus britannique des anciennes colonies.

Donc, cette transition vers une république est d’une signification symbolique extrêmement importante pour ce petit État insulaire. Encore un lien de la chaîne colonisatrice cassé. Il est vrai que la Barbade a déclaré son indépendance en 1966. Mais la reine demeurait toujours en tant que chef d’Etat, bien qu’en réalité, elle ne soit plus qu’une figure de proue.

Néanmoins, ses lois, la police et tous ses systèmes — parlementaires, judiciaires, sociaux, politiques, médicaux, scolaires, la conduite à gauche, et bien d’autres — sont basés sur les modèles britanniques. Par ailleurs, le parlement et la police sont tous les deux le 3ème plus vieux au Commonwealth, ayant été établis en 1639 et en 1838 respectivement.

Même les activités de loisirs n’ont pas échappé à presque 400 ans d’influence non plus ; cricket, football, polo, golf et tennis sont tous aussi prisés sur l’île qu’en Grande Bretagne.

Le Prince de Galles convoqué pour l’occasion

De gauche à droit : la Première Ministre, la Présidente, Sir Gary SOBERS, le Prince de Galles et Rihanna. - www.labarbade.com
De gauche à droite : la Première Ministre, la Présidente, Sir Garry SOBERS, le Prince de Galles et Rihanna. Crédit photo : Loop Barbados

Le Prince de Galles faisait partie des convives réunis pour fêter cet événement historique.  Au cours de son discours célébrant la fin d’une ère, et prononcé devant parmi d’autres, la nouvelle Présidente, la Première Ministre, Rihanna et Sir Garry SOBERS, une légende du monde de cricket, l’héritier de la couronne britannique a reconnu formellement que « l’atrocité effroyable que fut esclavage aux Caraïbes entache à jamais notre histoire ».

Plus tard, il y a eu une salve de 21 coups de canon en l’honneur de la transition en république.

Parade militaire - ___La Barbade détrône la reine Elizabeth - la Barbade - la Barbade - www.labarbade.com

Quel avenir sans la reine ?

Alors, qu’est-ce qui va vraiment changer dans la vie des Barbadiens ? La constitution est actuellement en cours de révision afin de refléter le nouveau statut de république. Il faudra également changer le nom de plusieurs institutions gouvernementales et organes statutaires ; parmi celles-ci, la police et la prison où figurent le mot « Royal » dans leur nom / raison sociale.

La Première Ministre de la Barbade, Mme Mia MOTTLEY
La Première Ministre de la Barbade, Mia Amor MOTTLEY

Mais en réalité, le quotidien ne verra pas de changement bouleversant. Le rôle de Présidente sera aussi symbolique que l’étaient ceux de la Reine et la Gouvernante-générale. La Première Ministre Mia Amor MOTTLEY, une cheffe de gouvernement intelligente et compétente, qui n’arrête pas de faire parler d’elle sur la scène internationale, continuera à diriger les affaires du pays. De plus, la Barbade restera toujours membre du Commonwealth.

Des Barbadiens assistent à la cérémonie devant la statue d’Errol BARROW, le premier Premier Ministre de l’île
Des Barbadiens assistent à la cérémonie devant la statue d’Errol BARROW, le premier Premier Ministre de l’île

Alors, les Barbadiens demeurent paisibles vis-à-vis du nouveau statut de leur pays. Étant donné que la société et le climat politique demeurent d’une stabilité profonde, ils s’attendent à ce que l’avenir en tant que république se déroule de façon tranquille, comme c’était le cas après avoir déclaré son indépendance de la Grande Bretagne, il y a 55 ans.